Tchad : le gouvernement coupe les salaires des fonctionnaires

 Le gouvernement tchadien, en proie à une crise financière et économique qui frappe le pays depuis trois ans, tente d’imposer des abattements sur les salaires des agents de l’Etat.

Tout est parti la semaine dernière, quand le Cadre national de dialogue social réunissant le gouvernement, les syndicats et le patronat a convié les leaders des centrales syndicales pour les informer de la proposition du gouvernement d’effectuer des coupes dans les salaires des agents de l’Etat.

Ces abattements vont de 15 à 45% des salaires de base des personnels des départements ministériels et des institutions de l’Etat, 5 à 10% pour les personnels des forces de défense et de sécurité et les personnels des missions diplomatiques.

Dans un communiqué rendu public lundi, le ministère tchadien des Finances et du Budget a dévoilé que la masse salariale pour l’année 2017 était plus de 376 milliards de francs CFA, ce qui équivaut à 100% des recettes cumulées des douanes et des impôts.

Selon les recommandations des partenaires financiers du Tchad, dont le Fonds monétaire international (FMI), le plafond autorisé pour les dépenses salariales était de 348 milliards de francs CFA en 2017.

Dans le budget 2018, le plafond convenu est de 380 milliards de francs CFA. Cette année risque donc d’être terminée avec un surplus de 30 milliards.

« C’est pourquoi le gouvernement tchadien est obligé d’explorer d’autres pistes de solutions pour essayer de faire un maximum d’économie », a déclaré Abdoulaye Sabre Fadoul, ministre des Finances et du Budget.

Il a indiqué qu’un scénario a été soumis aux syndicats sur la base duquel, les deux parties devront avoir des discussions pour pouvoir arriver à l’objectif de contenir la masse salariale en deçà du plafond de 354 milliards de francs CFA.

« Si cet effort n’est pas fait, le Tchad risque de perdre ses partenaires, car cette situation que traverse le Tchad doit préoccuper tout le monde », a insisté M. Fadoul.

Au sein des syndicats, cette annonce est mal accueillie. Les abattements préconisés sont la goutte d’eau qui risque de faire déborder le vase, après le décret n°687, pris fin 2015 et instituant des coupes de 50% dans les primes et indemnités des agents de l’Etat.

Ce décret pris au nombre des fameuses « 16 mesures d’austérité », qui ont permis d’économiser 2,5 milliards de francs CFA par mois, avait causé plusieurs mois de grève des syndicats.

« Aujourd’hui, le gouvernement continue toujours dans sa logique antisociale de procéder à l’abattement des salaires de tous les fonctionnaires du pays », a estimé Mahamat Nour Roufaye, secrétaire général du Syndicat national des enseignants et chercheurs du supérieur (Synecs).

Il a accusé le gouvernement de « prôner un système de gouvernance de mendicité auprès des institutions internationales, notamment les partenaires comme le FMI qui ont des exigences ».

« Si le gouvernement n’est pas capable de répondre à leurs exigences, ce n’est pas au travailleur d’en être victime », a martelé M. Roufaye.

Le SYNECS, avec l’Union des syndicats du Tchad (UST, la plus importante centrale syndicale du pays) et la Confédération indépendante des syndicats du Tchad (CIST) avaient formé la Plateforme revendicative à l’origine de longues et répétées grèves de 2016.

Dans un communiqué conjoint rendu public la semaine dernière, cette Plateforme a rejeté totalement ces abattements.

Face au tollé, le gouvernement tchadien « prendra le temps nécessaire à la concertation pour arriver à une méthode équitable, juste et aussi parvenir à maîtriser la masse salariale, de telle sorte que le programme avec le FMI soit sauvegardé et les appuis attendus puissent arriver au trésor public », a promis le ministre Fadoul.

Cependant, selon certaines sources, le décret d’abattements est déjà fin prêt et sa publication est imminente. De l’autre côté, les syndicats fourbissent leurs armes.

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